À l’entraînement, tout fonctionne. Pourquoi tout s’effondre le jour J ?
À l’entraînement, les gestes sont maîtrisés. Les décisions viennent naturellement. Le sportif connaît son plan et sait ce qu’il peut faire.
Puis arrive le jour de la compétition.
Le corps se tend, les décisions deviennent plus difficiles et des erreurs inhabituelles apparaissent. En quelques minutes, le sportif peut avoir l’impression d’avoir perdu tout ce qu’il savait encore faire quelques jours plus tôt.
Pourtant, son niveau n’a pas disparu. Ce sont les conditions qui ont changé : il doit maintenant agir avec la pression du résultat.
Son niveau n’a pas disparu. Ce sont les conditions dans lesquelles il doit l’utiliser qui ont changé.
Le jour J, la tâche reste la même… mais elle ne semble plus la même
À l’entraînement, une erreur donne généralement une information : le sportif peut recommencer, corriger et continuer.
En compétition, cette même erreur semble souvent plus grave. Le sportif peut avoir peur de perdre un point important, de décevoir son entraîneur, de manquer son objectif ou de montrer qu’il n’est pas au niveau.
Il ne réalise donc plus seulement une action technique. Il pense aussi au score, au regard des autres et aux conséquences possibles.
Les chercheurs utilisent parfois l’expression anglaise choking under pressure pour parler d’une baisse de performance sous pression.
Plusieurs réactions sont possibles. Le sportif peut être distrait par ses inquiétudes et par le résultat. Il peut aussi commencer à trop contrôler un geste qu’il réalise normalement de façon automatique. Il pense alors à chaque détail d’une action qu’il savait faire sans y réfléchir.
Les travaux de Beilock et Carr montrent que ce contrôle excessif peut perturber des gestes déjà bien maîtrisés (Journal of Experimental Psychology: General).
Autrement dit, le sportif n’a pas oublié comment faire. Mais sous pression, il n’arrive plus à utiliser ses compétences de la même manière.
Le piège : essayer de garantir le résultat
Sous pression, l’objectif peut changer :
Au lieu de se concentrer sur l’action en cours, le sportif essaie de s’assurer que tout va bien se terminer.
Mais il est impossible de contrôler complètement un résultat. Il dépend aussi de l’adversaire, du déroulement du match, de l’arbitrage, des conditions et des imprévus.
Plus le sportif essaie de garantir ce résultat, plus il peut :
- accélérer pour « en finir » ;
- devenir trop prudent ;
- éviter une initiative qu’il prend habituellement ;
- forcer une action pour reprendre le contrôle ;
- surveiller son geste au lieu d’observer la situation ;
- voir chaque erreur comme la preuve que tout est en train de s’effondrer.
Ce changement est parfois difficile à voir. Il ne provoque pas toujours une forte crise d’angoisse. Le sportif peut simplement jouer plus vite ou plus lentement, bloquer sa respiration, hésiter davantage ou sentir son corps devenir plus rigide.
DANS MA PRATIQUE
Un exemple issu de ma pratique
Lors d’un accompagnement récent, un sportif amateur expérimenté m’a parlé de trois situations qui se répètent en compétition.
Lorsqu’il prenait l’avantage, il pensait : « Maintenant, il faut terminer. » Il ne se concentrait plus seulement sur le point en cours. Il pensait déjà à la victoire qu’il ne fallait pas laisser échapper.
Lorsque le match était équilibré, il devenait plus prudent. Son corps se raidissait et des erreurs techniques inhabituelles apparaissaient.
Enfin, face à un adversaire qu’il pensait plus fort, quelques points perdus lui donnaient rapidement l’impression que le match était déjà en train de lui échapper.
Ces trois situations semblent différentes. Pourtant, elles ont un point commun : à un moment précis, le sportif n’est plus seulement concentré sur ce qu’il doit faire. Il commence à penser à ce que cette situation peut provoquer ensuite.
Le travail ne consiste donc pas à lui répéter qu’il doit avoir confiance ou penser positivement. Il faut comprendre précisément :
- le moment où sa façon de jouer change ;
- la pensée ou la peur qui apparaît ;
- ce qui change dans son corps, son attention et ses décisions ;
- les repères qui peuvent l’aider à revenir à une action concrète.
Se concentrer sur l’action ne signifie pas oublier l’objectif
Vouloir gagner est normal. Le problème n’est pas l’ambition. Ce n’est pas non plus le stress en lui-même.
L’enjeu est de rester concentré sur l’action à réaliser, sans laisser la peur du résultat modifier chaque geste ou chaque décision.
Un repère utile doit être simple et concret. Il doit aider le sportif à savoir quoi faire dans le moment présent. Selon le sport et la situation, cela peut être :
- une consigne tactique ;
- une zone à viser ;
- une information à observer chez l’adversaire ;
- un mot-clé pour retrouver son rythme ou son engagement ;
- une routine courte entre deux actions ;
- une réponse préparée à l’avance pour certains moments de pression.
« Gagner » ne dit pas au sportif ce qu’il doit faire maintenant. « Jouer plus relâché » reste souvent trop vague. Un repère efficace donne une direction claire pour l’action en cours.

Pourquoi une technique isolée ne suffit pas toujours
Respirer, visualiser ou utiliser un mot-clé peut être utile. Mais une technique ne fonctionne pas automatiquement parce qu’elle est connue ou conseillée.
Avant de choisir un outil, il faut comprendre ce qui se passe chez ce sportif. Deux athlètes qui disent « je perds mes moyens » ne vivent pas forcément la même chose :
- l’un pense trop aux conséquences possibles ;
- l’autre contrôle trop son geste ;
- un troisième prend ses décisions trop vite ;
- un quatrième n’ose plus prendre d’initiative par peur de l’erreur.
Le bon outil dépend donc de la situation, de la réaction du sportif et de ce dont il a besoin à ce moment-là.
Peut-on apprendre à performer avec la pression ?
On ne peut pas reproduire parfaitement une compétition à l’entraînement. Il manquera toujours l’enjeu réel.
Mais il est possible d’ajouter progressivement certaines contraintes : un score, une conséquence, le regard des autres, un temps limité ou une situation décisive. Le but n’est pas de mettre le sportif en difficulté pour « renforcer son mental ». Le but est de l’aider à observer ses réactions et à utiliser ses repères dans une situation plus difficile.
Dans deux études menées avec des basketteurs et des joueurs de fléchettes expérimentés, ceux qui s’étaient entraînés avec une pression créée par les chercheurs ont ensuite mieux maintenu leur performance sous pression (Oudejans & Pijpers, 2009).
Cela ne veut pas dire qu’il existe une solution valable pour tout le monde. Mais si le sportif utilise ses repères uniquement dans le calme, il peut avoir du mal à les retrouver lorsque la pression augmente.
Après la compétition : analyser autre chose que le résultat
Une défaite ne prouve pas que le travail mental n’a pas fonctionné. Une victoire ne prouve pas non plus que tout a été bien géré.
Après la compétition, il est plus utile de poser des questions précises :
- À quel moment ma façon de jouer a-t-elle changé ?
- Où se trouvait mon attention ?
- Qu’ai-je essayé de contrôler ?
- Comment mon corps a-t-il réagi ?
- Quel choix ai-je fait ensuite ?
- Quel repère m’a aidé, ou m’a manqué ?
Ces questions permettent de tirer des informations utiles de l’expérience, au lieu de juger le niveau ou la valeur du sportif à partir d’un seul résultat.
Le niveau est toujours là. Il faut pouvoir l’utiliser.
Lorsque tout fonctionne à l’entraînement mais se dérègle le jour J, s’entraîner encore plus n’est pas toujours la solution.
Il faut parfois comprendre ce qui change lorsque l’enjeu devient plus important : ce que le sportif commence à se dire, ce qu’il essaie de contrôler et comment cela modifie son attention et ses décisions.
L’objectif n’est pas de supprimer toute pression. Il est d’aider le sportif à garder des repères clairs et à agir, même lorsque le résultat compte vraiment.
Vous reconnaissez ce décalage ?
Prenons 30 minutes pour comprendre ce qui change le jour J et identifier les premiers repères sur lesquels vous pouvez agir.